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STAGE - LA POÉSIE CONTEMPORAINE

Exercice - La poésie contemporaine



L'énoncé

Répondre aux questions suivantes (3 à 6 lignes).


  • Question 1

    Expliquer en quelques lignes les procédés d'écriture de cet extrait de poème.

    Tous deux crachons tous deux
    Sur ce que nous avons aimé
    Sur ce que nous avons aimé tous deux
    Si tu veux car ceci tous deux
    Est bien un air de valse et j’imagine
    Ce qui passe entre nous de sombre et d’inégalable
    Comme un dialogue de miroirs abandonnés
    A la consigne quelque part Foligno peut-être
    Ou l’Auvergne la Bourboule
    Certains noms sont chargés d’un tonnerre lointain
    Veux-tu crachons tous deux sur ces pays immenses
    Où se promènent de petites automobiles de louage
    Veux-tu car il faut que quelque chose encore
    Quelque chose
    Nous réunisse veux-tu crachons
    Tous deux c’est une valse
    Une espèce de sanglot commode
    Crachons crachons de petites automobiles
    Crachons c’est la consigne
    Une valse de miroirs
    Un dialogue nulle part
    Écoute ces pays immenses où le vent
    Pleure sur ce que nous avons aimé
    L’un d’eux est un cheval qui s’accoude à la terre
    L’autre un mort agitant un linge l’autre
    La trace de tes pas Je me souviens d’un village désert
    A l’épaule d’une montagne brûlée
    Je me souviens de ton épaule
    Je me souviens de ton coude
    Je me souviens de ton linge
    Je me souviens de tes pas
    Je me souviens d’une ville où il n’y a pas de cheval
    Je me souviens de ton regard qui a brûlé
    Mon cœur désert un mort Mazeppa qu’un cheval
    Emporte devant moi comme ce jour dans la montagne
    L’ivresse précipitait ma course à travers les chênes martyrs
    Qui saignaient prophétiquement tandis
    Que le jour faiblissait sur des camions bleus
    Je me souviens de tant de choses
    De tant de soirs
    De tant de chambres
    De tant de marches
    De tant de colères
    De tant de haltes dans des lieux nuls
    Où s’éveillait pourtant l’esprit du mystère pareil
    Au cri d’un enfant aveugle dans une gare-frontière
    Je me souviens

    Poème à crier dans les ruines, Louis Aragon, La Grande Gaîté, 1928

     

  • Question 2

    Expliquer en quelques lignes les procédés d’écriture du poème de Prévert.

    Il est terrible
    le petit bruit de l’œuf dur cassé sur un comptoir d'étain
    il est terrible ce bruit
    quand il remue dans la mémoire de l'homme qui a faim
    elle est terrible aussi la tête de l'homme
    la tête de l'homme qui a faim
    quand il se regarde à six heures du matin
    dans la glace du grand magasin
    une tête couleur de poussière
    ce n'est pas sa tête pourtant qu'il regarde
    dans la vitrine de chez Potin
    il s'en fout de sa tête l'homme
    il n'y pense pas
    il songe
    il imagine une autre tête
    une tête de veau par exemple
    avec une sauce de vinaigre
    ou une tête de n'importe quoi qui se mange
    et il remue doucement la mâchoire
    doucement
    et il grince des dents doucement
    car le monde se paye sa tête
    et il ne peut rien contre ce monde
    et il compte sur ses doigts un deux trois
    un deux trois
    cela fait trois jours qu'il n'a pas mangé
    et il a beau se répéter depuis trois jours
    Ça ne peut pas durer
    ça dure
    trois jours
    trois nuits
    sans manger
    et derrière ces vitres
    ces pâtés ces bouteilles ces conserves
    poissons morts protégés par des boîtes
    boîtes protégées par les vitres
    vitres protégées par les flics
    flics protégés par la crainte
    que de barricades pour six malheureuses sardines...
    Un peu plus loin le bistrot
    café-crème et croissants chauds
    l'homme titube
    et dans l'intérieur de sa tête
    un brouillard de mots
    un brouillard de mots
    sardines à manger
    œuf dur café-crème
    café arrosé rhum
    café-crème
    café-crème
    café-crime arrosé sang !...
    Un homme très estimé dans son quartier
    a été égorgé en plein jour
    l’assassin le vagabond lui a volé
    deux francs
    soit un café arrosé
    zéro francs soixante-dix
    deux tartines beurrées
    et vingt-cinq centimes pour le pourboire du garçon.
    Il est terrible
    le petit bruit de l’œuf dur cassé sur un comptoir d'étain
    il est terrible ce bruit
    quand il remue dans la mémoire de l'homme qui a faim.

    La Grasse matinée, Jacques Prévert, Paroles, 1946

  • Question 3

    Expliquer en quelques lignes les trois grandes caractéristiques de ce poème. 

    Sois soumis, mon chagrin, puis dans ton coin sois sourd. 
    Tu la voulais la nuit, la voilà, la voici : 
    Un air tout obscurci a chu sur nos faubourgs, 
    Ici portant la paix, là-bas donnant souci.

    Tandis qu’un vil magma d’humains, oh, trop banals, 
    Sous l’aiguillon Plaisir, guillotin sans amour, 
    Va puisant son poison aux puants carnavals, 
    Mon chagrin, saisis-moi la main; là, pour toujours,

    Loin d’ici. Vois s’offrir sur un balcon d’oubli, 
    Aux habits pourrissants, nos ans qui sont partis; 
    Surgir du fond marin un guignon souriant;

    Apollon moribond s’assoupir sous un arc, 
    Puis ainsi qu’un drap noir traînant au clair ponant, 
    Ouïs, Amour, ouïs la Nuit qui sourd du parc.

    Chanson par un fils adoptif du commandant Aupick, Georges Perec, La Disparition (1969)

  • Question 4

    Expliquer en quelques lignes les caractéristiques de ce poème. 

    La surface du pain est merveilleuse d'abord à cause de cette impression quasi panoramique qu'elle donne : comme si l'on avait à sa disposition sous la main les Alpes, le Taurus ou la Cordillère des Andes.
         Ainsi donc une masse amorphe en train d'éructer fut glissée pour nous dans le four stellaire, où durcissant elle s'est façonnée en vallées, crêtes, ondulations, crevasses... Et tous ces plans dès lors si nettement articulés, ces dalles minces où la lumière avec application couche ses feux, - sans un regard pour la mollesse ignoble sous-jacente.
         Ce lâche et froid sous-sol que l'on nomme la mie a son tissu pareil à celui des éponges : feuilles ou fleurs y sont comme des sœurs siamoises soudées par tous les coudes à la fois. Lorsque le pain rassit ces fleurs fanent et se rétrécissent : elles se détachent alors les unes des autres, et la masse en devient friable...
         Mais brisons-la : car le pain doit être dans notre bouche moins objet de respect que de consommation. 

    Le Pain, Francis Ponge, Le Parti pris des choses, 1942 

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