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STAGE - LE DRAME BOURGEOIS

Exercice - Le Mariage de Figaro, Beaumarchais



L'énoncé

Extrait de Le Mariage de Figaro, Acte I, Scène 10, Beaumarchais, 1784

Figaro est le valet du comte Almaviva, qui reconnaît les mérites de son serviteur. Celui-ci parvient à lui tenir tête grâce à son intelligence et sa gaieté. Mais Figaro va épouser sa chère Suzanne. Et son maître aimerait bien la lui voler.

CHÉRUBIN, SUZANNE, FIGARO, LA COMTESSE, LE COMTE, FANCHETTE, BAZILE ; beaucoup de valets, paysannes, paysans vêtus de blanc.

FIGARO, tenant une toque de femme, garnie de plumes blanches et de rubans blancs, parle à la Comtesse : Il n'y a que vous, Madame, qui puissiez nous obtenir cette faveur.

LA COMTESSE : Vous les voyez, Monsieur le Comte, ils me supposent un crédit que je n'ai point : mais comme leur demande n'est pas déraisonnable...

LE COMTE, embarrassé : Il faudrait qu'elle le fût beaucoup...

FIGARO, bas à Suzanne : Soutiens bien mes efforts.

SUZANNE, bas à Figaro : Qui ne mèneront à rien.

FIGARO, bas : Va toujours.

LE COMTE, à Figaro : Que voulez-vous ?

FIGARO : Monseigneur, vos vassaux, touchés de l'abolition d'un certain droit fâcheux, que votre amour pour Madame...

LE COMTE : Eh bien, ce droit n'existe plus, que veux-tu dire ?

FIGARO, malignement : Qu'il est bien temps que la vertu d'un si bon maître éclate ; elle m'est d'un tel avantage, aujourd'hui, que je désire être le premier à la célébrer à mes noces.

LE COMTE, plus embarrassé : Tu te moques, ami l'abolition d'un droit honteux n'est que l'acquit d'une dette envers l'honnêteté. Un Espagnol peut vouloir conquérir la beauté par des soins ; mais en exiger le premier, le plus doux emploi, comme une servile redevance, ah ! c'est la tyrannie d'un Vandale, et non le droit avoué d'un noble Castillan.

FIGARO, tenant Suzanne par la main : Permettez donc que cette jeune créature, de qui votre sagesse a préservé l'honneur, reçoive de votre main publiquement la toque virginale, ornée de plumes et de rubans blancs, symbole de la pureté de vos intentions ; adoptez-en la cérémonie pour tous les mariages, et qu'un quatrain chanté en choeur rappelle à jamais le souvenir...

LE COMTE, embarrassé : Si je ne savais pas qu'amoureux, poète et musicien sont trois titres d'indulgence pour toutes les folies...

FIGARO : Joignez-vous à moi, mes amis.

TOUS ENSEMBLE : Monseigneur ! Monseigneur !

SUZANNE, au Comte : Pourquoi fuir un éloge que vous méritez si bien ?

LE COMTE, à part : La perfide !

FIGARO: Regardez-la donc, Monseigneur ; jamais plus jolie fiancée ne montrera mieux la grandeur de votre sacrifice.

SUZANNE : Laisse là ma figure, et ne vantons que sa vertu.

LE COMTE, à part : C'est un jeu que tout ceci.

LA COMTESSE : Je me joins à eux, Monsieur le Comte et cette cérémonie me sera toujours chère, puisqu'elle doit son motif à l'amour charmant que vous aviez pour moi.

LE COMTE : Que j'ai toujours, Madame ; et c'est à ce titre que je me rends.

TOUS ENSEMBLE : Vivat

LE COMTE, à part : Je suis pris. (Haut.) Pour que la cérémonie eût un peu plus d'éclat, je voudrais seulement qu'on la remit à tantôt. (A part.) Faisons vite chercher Marceline.


  • Question 1

    En quoi cette scène est-elle un contre-portrait du comte ?

  • Question 2

    Le comte peut-il résister à ce contre-portrait ? Peut-on parler de comédie sociale ?

  • Question 3

    Que peut-on dire des didascalies dans cet extrait ?

  • Question 4

    Analyser la mise en abyme dans cette scène.

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